| mise
à jour: 22/10/09 version imprimable :
Le botulisme aviaire est une toxi-infection, considérée comme rare en
élevage avicole, mais pour des raisons encore inexpliquées, elle connait une
forte recrudescence en France en 2007. Au-delà de la détection et de la gestion des foyers observés sur le
terrain, se pose la question de l’évaluation du risque pour la santé humaine. Ce
dossier est construit autour des questions que pose le botulisme
aviaire :
Qu’est-ce que le botulisme ?
Quel est l’agent du botulisme aviaire et
comment exerce-t-il son pouvoir pathogène ?
Quel risque représente le botulisme
aviaire pour la santé humaine ?
Quelles sont les caractéristiques épidémiologiques de la maladie
chez les oiseaux ?
Quelles sont les manifestations
cliniques du botulisme chez les oiseaux?
Comment diagnostiquer la maladie ?
Quel est le cadre réglementaire du botulisme aviaire en France ?
En pratique : quand
suspecter le botulisme ?
Qu’est-ce que le botulisme ?

Le botulisme est une maladie animale et humaine caractérisée par une
atteinte nerveuse, causée par l’action d’une toxine produite par une bactérie, Clostridium botulinum. Cette atteinte
nerveuse se traduit par une variété de signes cliniques, tous associés à la
paralysie de muscles locomoteurs, respiratoires ou viscéraux. Chez l’homme, le botulisme est essentiellement lié à la consommation de
conserves mal préparées ou altérées. Chez l’animal, la consommation de cadavres décomposés est la source majeure
de contamination.
Quel est l’agent du botulisme aviaire et
comment exerce-t-il son pouvoir pathogène ?

Le botulisme résulte de l’action d’une neurotoxine produite par la bactérie
Clostridium botulinum. Les clostridies sont des
bactéries, bacilles Gram positif, anaérobies strictes et sporulées, présentes
dans l'environnement où elles peuvent survivre très longtemps. Ce sont des
bactéries ubiquistes, largement distribuées dans le sol et l’eau.
On distingue plusieurs types de neurotoxines, désignées par les lettres A,
B, C, D, E, F et G. Elles sont synthétisées au cours de la phase
exponentielle de croissance de la bactérie, sous forme d’une chaîne protéique,
puis activées. Les neurotoxines ingérées ou produites dans le tube digestif
traversent la barrière intestinale, passent dans le sang et atteignent les
neurones. Contrairement aux spores d’autres clostridies, les toxines sont
thermosensibles et sont également sensibles aux agents chimiques.
Les oiseaux sont sensibles aux toxines de type B, C, D et E,
avec une prédominance nette des types C et D. Le botulisme humain est dû
aux toxines A, B (très
majoritaire) et E.
Pour
tout savoir sur Clostridium
botulinum: site de bactériologie
vétérinaire conçu et entretenu par Jean Euzéby (Professeur
de Microbiologie, ENV Toulouse)
Quel risque représente le botulisme
aviaire pour la santé humaine ?

La plupart des cas de botulisme aviaire signalés sont provoqués par des
toxines de type C ou D, sans risque pour l’homme. Malheureusement, ces dernières années, on observe une émergence de
botulisme aviaire de type E, rencontré uniquement chez Gallus pour l’instant et qui pourrait contaminer l’homme.
Les foyers de botulisme humain documentés ces dernières années sont très
peu nombreux (15 à 20 par an) et sont associés à la consommation de conserves
domestiques (charcuterie, légumes), de poisson fermenté, de miel contaminé par
les spores (risque pris en compte pour les nourrissons), voire de...cocaïne
contaminée par des spores ! Aucun cas de botulisme humain
n’a été associé à la consommation de produits des filières avicoles.
A ce jour, si le risque de transmission du botulisme des volailles à
l’homme doit être pris en compte sur le plan du principe, à la lueur des
données épidémiologiques actuelles, il se révèle extrêmement faible, voire nul.
Accéder
à la base de données sur le botulisme humain de l'institut de veille
sanitaire (InVS)
pour
en savoir plus l'analyse du risque de transmission à l'homme: rapport
AFSSA 2002
Quelles sont les caractéristiques épidémiologiques de la maladie
chez les oiseaux ? 
Toutes les espèces aviaires, quelles que soient leurs conditions d’élevage,
leur état sanitaire et leur niveau de performance, peuvent être touchées par le
botulisme. Les plus affectées sont la dinde et le poulet de chair,
surtout en fin d’élevage. La plupart des cas sont décrits au printemps
et en été.
Le botulisme aviaire relève essentiellement de toxi-infections par
ingestion de spores de C. botulinum, plus que d’intoxinations. Lors de toxi-infections, les
volailles se contaminent par ingestion de spores bactériennes présentes dans
l’environnement et dans les déjections. Dans les conditions normales, les
spores ingérées ne se développent pas ou peu dans le tube digestif. Leur
développement massif et la sécrétion de toxines botuliniques ne surviennent
qu’en cas de perturbation de la flore digestive.
Les spores et les neurotoxines contaminant les volailles viennent de
différentes sources. Les cadavres de volailles contaminées sont
un bon milieu de développement pour C. botulinum (ingestion d’insectes
se développant sur ces cadavres, cannibalisme…). Les mammifères
s’introduisant dans les élevages sont souvent porteurs et leurs cadavres sont
contaminants. Les oiseaux sauvages porteurs peuvent être à l’origine de
la contamination des volailles de plein air. L’environnement est une source de
contamination car C. botulinum est très répandu dans le
sol et l’eau (germe hydrotellurique). Les aliments peuvent être à l’origine d’une contamination.
Pour
en savoir plus sur le botulisme hydrique affectant la faune sauvage
:
Dossier
de la Faculté de Médecine Vétérinaire de Montréal
Thèse
de doctorat vétérinaire de l'ENV Lyon (Dr Laure Vuillermoz)
Quelles sont les manifestations
cliniques du botulisme chez les oiseaux ?

La mortalité et la morbidité varient
selon la quantité de toxine ingérée ; la mortalité dans un lot atteint
peut aller de 4 à 100%, de rares cas de guérison existent.
Les symptômes correspondent à une paralysie flasque des pattes qui
progresse vers les ailes, le cou et les paupières. Le cou devient mou, la tête
et le bec reposant sur la litière, les paupières sont tombantes.les oiseaux
présentent en général un comportement comateux. La paralysie bilatérale des pattes entraîne
de l’incoordination, de l’ataxie ou des boiteries. Les animaux atteints se
posent en décubitus sternal et refusent de bouger. Ils peuvent présenter des
signes de frilosité, un plumage ébouriffé, des difficultés
respiratoires, et souvent de la diarrhée avec un excès d’urates dans les
fientes. on peut également observer un aspect sale du bec, lié à une régurgitation
de salive, de mucus ou d'aliment, sans doute en raison d'une altération
des réflexes de déglutition et du péristaltisme digestif.

La mort survient par asphyxie, due à la paralysie des muscles
abdominaux et cardiaques, au bout de 1 à 8 jours. Le plus souvent, aucune lésion n’est visible à l’autopsie, ni à l’histologie.
Pour visualiser les signes
cliniques du botulisme aviaire, un film présente quelques postures
caractéristiques (ENVT, Clinique des Elevages Avicoles et Porcins)
Diagnostic épidémio-clinique : la
suspicion est fondée sur l’observation des signes cliniques (paralysie flasque,
mortalité) sans lésion particulière. Un épisode antérieur de botulisme dans
l’élevage, une conduite hygiénique médiocre, une mauvaise gestion des cadavres,
la proximité d’un plan d’eau fréquenté par l’avifaune peuvent appuyer la
suspicion.
Diagnostic différentiel : saturnisme, intoxication
aux ionophores, intoxication à l’alpha-chloralose, carence en vitamine E
(encéphalomalacie), maladie de Newcastle, Influenza Aviaire, maladie de Marek
(paralysie), encéphalomyélite aviaire (signes nerveux mais souvent en
hyperactivité), clostridiose à C.
perfringens, le rouget, la pasteurellose aiguë (mais lésions hémorragiques
souvent nettes).
Diagnostic de laboratoire : la confirmation
repose sur la mise en évidence de la neurotoxine dans le sérum des oiseaux malades
par un test de létalité sur souris. Le typage
est réalisé également in vivo, par séro-protection à l'aide
de sérums neutralisants spécifiques de chaque type de toxine botulique
(épreuve de la souris protégée).
on peut également rechercher la bactérie dans le contenu intestinal
des oiseaux malades soit par mise en culture, soit en utilisant
des méthodes d'amplification génique (PCR)
Pour connaître les conditions pratiques du diagnostic: centre
national de référence des bactéries anaérobies et du botulisme (institut
Pasteur, Paris)
Pour
aller encore plus loin et tout savoir sur le diagnostic de laboratoire
du botulisme:
un article de synthèse trés complet (Lindstrom et Korkeala, Clinical Microbiology Reviews, 2006)
Conduite à tenir lors d’une suspicion en élevage
avicole ll faut
mettre en œuvre des mesures pour limiter la propagation de la maladie : - Isolement des lots atteints
et élimination des animaux présentant des paralysies - Traitement
antibiotique : les β-lactamines sont les molécules de choix - Élimination
rigoureuse des cadavres (attention aux asticots qui renferment de grandes
quantités de toxine) - Traitement ou
changement de la litière, pour limiter le risque de recontamination : le fumier
doit être de préférence incinéré, lorsque c’est possible. L’élimination des cadavres est primordiale
pour prévenir la maladie et en cas de foyer, pour en limiter l’extension. En cas de
confirmation du diagnostic, la stratégie de lutte sera adaptée au
contexte : abattage total ou tri et traitement des animaux en association
avec des mesures sanitaires, changement de la litière, etc...
Un exemple de gestion d'un foyer de botulisme sur le terrain : communication
du Dr vétérinaire X. Châtenet aux journées de la Recherche
Avicole, 2005.
Prévention La prophylaxie médicale repose sur la vaccination,
à base d’anatoxines spécifiques de C.
botulinum de type C et D. Ces vaccins n’ont pas d’AMM en aviculture dans
l’Union Européenne Les mesures de prophylaxie hygiénique
concernent surtout la gestion des cadavres dans les élevages, avec un ramassage
plus fréquent. Des mesures d’hygiène générale (lutte contre les rongeurs,
nettoyage et désinfection,…) contribuent à la prévention. Il faut aussi veiller à ne pas propager le botulisme dans
des élevages voisins : la gestion des fumiers est essentielle. NB : des cas de botulisme bovin ont été décrits suite au pâturage de champ sur lesquels
avaient été épandus des litières de volailles atteintes de botulisme, ou
simplement contaminées par des cadavres en décomposition… Les chiens sont
également sensibles à la toxine botulique (surtout type
D). attention donc à l'élimination des cadavres, voire à l'accès
au parcours ou au bâtiment...
Quel est le cadre réglementaire du botulisme aviaire en France ?

Depuis le
décret du 17 février 2006, le botulisme aviaire est une maladie réputée
contagieuse (MRC), donnant lieu à des mesures de police sanitaire. NB :
chez les bovins et les oiseaux sauvages, c’est une maladie à déclaration
obligatoire (MADO). La
conséquence majeure de la déclaration d’un foyer de botulisme aviaire est
l’obligation de respecter un délai de 15 jours entre la fin des symptômes et
l’abattage des volailles : cela vise à éviter de faire rentrer dans la
chaîne alimentaire des animaux éventuellement contaminés par la toxine
botulique. Ce délai repose plus sur l’application du principe de précaution que
sur des fondements scientifiques. -
L’application de strictes mesures de biosécurité, visant à décontaminer
le site, est également prescrite.
Cadre réglementaire : note
de service DGAL/SDSPA/SA221 présentant les modification de la liste des MRC et MADO .
En pratique : quand
suspecter le botulisme ?

|